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Monter votre second brain

La méthode n'est pas de moi, elle est d'Andrej Karpathy. Voici les trois couches, les trois opérations, ce que j'y ai ajouté, et par où commencer.

Dans J'ai un second brain, je décris le second brain que j'utilise depuis avril : ce qu'il contient, les quatre règles qui le tiennent, et ce qu'il produit quand on y dépose une source sans rien demander.

Voici comment monter le vôtre.

Première chose : la méthode n'est pas de moi. Elle est d'Andrej Karpathy, elle s'appelle LLM Wiki, elle tient sur une page publique et elle est écrite pour être donnée telle quelle à un agent. Allez la lire, c'est la vraie source.

Ce qui suit, c'est ce que j'en ai fait, et ce que j'y ai changé.

L'architecture, en trois couches

Voilà à quoi ressemble le mien aujourd'hui. L'essentiel était en place dès le premier jour, sorti de la conversation d'amorçage avec l'agent. Depuis, la structure n'a presque pas bougé : seule la boîte de réception est arrivée plus tard, avec le bot Telegram.

mon-cerveau/
├── CLAUDE.md       le schéma : ce que l'agent lit en premier
├── AGENTS.md       le même contrat, pour Codex
├── .ai/            les règles détaillées : structure, flux
│
├── 00-inbox/       on dépose ici, sans réfléchir, sans ranger
├── raw/            les sources brutes, datées, jamais modifiées
│
├── 01-projects/    le wiki : les projets en cours
├── 02-areas/       le wiki : les sujets suivis au long cours
├── 03-knowledge/   le wiki : les connaissances réutilisables
│
├── index.md        la carte : chaque page, une ligne
└── log.md          le journal : ce que l'agent a fait, daté

Les trois blocs séparés par une ligne vide sont les trois couches.

Les sources brutes

Tout ce qui entre, jamais modifié. C'est ce qui fait foi.

Le wiki

Les pages écrites par l'agent : résumés, pages de concept, synthèses. Il en est entièrement propriétaire. Il crée, met à jour, maintient les renvois. Vous lisez, il écrit.

Le schéma

Un fichier qui explique à l'agent comment tout est organisé, quelles sont les conventions, et quoi faire quand une source arrive. Concrètement : un CLAUDE.md pour Claude Code, un AGENTS.md pour Codex. C'est la pièce maîtresse, celle qui transforme un chatbot en documentaliste discipliné. Vous la faites évoluer avec lui, au fil des semaines.

Le livrable de l'installation, ce n'est pas le contenu. C'est ce fichier de schéma.

Les trois opérations

Karpathy en décrit trois. J'en ai fait trois skills, lancées depuis Claude Code par leur nom.

/process, traiter

Vider la boîte de réception. L'agent lit chaque élément en entier, décide où il va, extrait ce qui compte, relie aux notes voisines, archive l'original daté, met à jour l'index, ajoute une ligne au journal. Une seule source peut toucher dix pages.

/review, interroger

On pose une question, l'agent cherche, lit, synthétise. Une bonne réponse se range dans le wiki. Une comparaison, une analyse, un rapprochement trouvé en discutant, ça ne doit pas finir dans un historique de conversation. Vos explorations s'accumulent comme le reste.

/improve, entretenir

Chercher les contradictions entre pages, les affirmations qu'une source plus récente a périmées, les pages orphelines que rien ne relie, les concepts cités partout mais qui n'ont pas leur page. C'est ce qui empêche l'ensemble de pourrir en grandissant.

Une skill, ce n'est pas un objet mystérieux : c'est un fichier markdown posé dans le dossier .claude/commands/, à la racine de votre brain. Le nom du fichier devient le nom de la skill, process.md donne /process. Dedans, vous écrivez la procédure en français, comme vous l'expliqueriez à quelqu'un. C'est tout.

Voici les trois miennes, débarrassées de ce qui m'est propre. Elles se collent telles quelles.

/process
---
description: Vider la boîte de réception et ranger ce qu'elle contient
---

Traite tout ce qui se trouve dans 00-inbox/.

Pour chaque élément :
- lis-le en entier, jamais seulement le titre ;
- si c'est un lien, ouvre la page et lis-la avant de la classer ;
- décide où il va : un projet en cours, un sujet que je suis, ou
  une page de connaissance qui resservira ailleurs ;
- mets à jour une page existante quand il y en a une, plutôt que
  d'en créer une ;
- relie la page à ses voisines avec des [[wikilinks]] ;
- déplace l'original dans raw/, préfixé de la date, sans le modifier ;
- ajoute ou corrige sa ligne dans index.md.

Quand tu ne peux pas lire une source, page inaccessible ou contenu
trop court, dis-le, garde le lien en attente, et passe à la suivante.
N'invente jamais un résumé à partir d'un titre.

Quand une source n'a de rapport avec rien, dis-le franchement plutôt
que de lui fabriquer un lien. Archive-la quand même dans raw/.

Termine par une ligne dans log.md : la date, ce que tu as traité, et
ce qui a changé.
/review
---
description: Faire le point sur ce que contient le brain
---

Parcours les projets, les sujets suivis et les pages de connaissance,
puis réponds à ma question. Si je n'en pose pas, fais le point
général.

Cite des pages précises, avec leur chemin. Pas de conseil générique.

Ce que je veux voir :
- ce sur quoi je travaille en ce moment, et ce qui a bougé depuis
  la dernière fois ;
- ce qui est périmé : une page qui décrit une situation qui a changé ;
- ce qui revient dans plusieurs projets sans avoir sa propre page ;
- ce qui est resté en plan.

Puis range ta réponse. Une synthèse qui a demandé du travail n'a rien
à faire dans un historique de conversation : écris-la dans le brain,
au bon endroit, et relie-la aux pages qu'elle concerne. Ajoute une
ligne dans log.md.
/improve
---
description: Entretenir la structure du brain
---

Cherche ce qui s'abîme en grandissant :
- les pages qui disent deux fois la même chose : fusionne, garde la
  plus solide ;
- les affirmations qu'une source plus récente a périmées ;
- les pages orphelines, que rien ne relie et qui ne relient rien ;
- les concepts cités partout mais qui n'ont pas leur page ;
- les liens qui pointent vers une page qui n'existe pas.

Ne crée pas un fichier pour le plaisir d'en créer. Simplifier compte
plus qu'ajouter.

Une vérification qui demande de passer en revue tous les fichiers ne
se fait pas en lisant : tu liras un échantillon, et tu me rapporteras
l'échantillon. Quand c'est le cas, les pages orphelines et les liens
morts par exemple, écris-toi un petit script, lance-le, et travaille
à partir de sa sortie.

Dis ce que tu as changé, et pourquoi.

Ce dernier paragraphe mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il m'a coûté quelques mois. « Trouve les pages orphelines » ressemble à une consigne claire, et elle ne l'est pas : un agent va lire une quinzaine de fichiers et vous rapporter honnêtement ce qu'il a vu dans ces quinze-là. Il n'a pas menti, il a répondu sur un échantillon. La vérification, elle, demandait de tous les parcourir.

Je ne l'ai pas décidé moi-même : l'agent a proposé d'écrire un script, parce que c'était moins cher que de tout relire à chaque passage. C'est une habitude à prendre, et elle dépasse largement le brain. J'y reviendrai.

Trois skills, écrites une fois. C'est tout l'outillage.

Obsidian par-dessus

Je dois pouvoir lire mon brain moi-même.

C'est du markdown, donc Obsidian l'ouvre tel quel, sans import ni conversion. Il suffit de pointer un vault sur le dossier. Les [[wikilinks]] de la méthode sont d'ailleurs la syntaxe native d'Obsidian, ce n'est pas un hasard : c'est le setup que décrit Karpathy lui-même, l'agent ouvert d'un côté, Obsidian de l'autre.

Trois choses y servent vraiment. Les backlinks, pour voir d'un coup ce qui pointe vers la page ouverte. Le Web Clipper, l'extension navigateur qui enregistre un article directement dans la boîte de réception, deuxième voie d'entrée à côté du téléphone. Et la vue graphe.

La vue graphe n'est pas une décoration. Passé une cinquantaine de pages, elle montre en un coup d'œil ce qui est devenu un carrefour et ce qui flotte tout seul. Les points isolés sont précisément ce que la skill d'entretien doit traiter.

Ce que j'ai changé

Trois écarts avec le texte d'origine.

Karpathy donne des exemples par domaine : une recherche, un livre, un sujet qu'on creuse. Le mien tient tout au même endroit, les projets clients comme les idées sans rapport, la veille comme la watchlist. Le prix : une structure un peu plus stricte, écrite dès le départ.

J'ai ajouté une boîte de réception, et la capture sans friction qui va avec. Karpathy choisit ses sources délibérément et les traite une par une, en restant dans la conversation. Moi j'envoie un lien à minuit sans y réfléchir, et on trie plus tard, en lot. Capturer ne doit demander aucune décision, sinon on ne capture pas.

Et j'ai transformé ses trois opérations en skills, committées dans le repo. Chez lui, ce sont des workflows qu'on décrit à l'agent dans le schéma. Chez moi, trois fichiers markdown qui se lancent par leur nom, et qui rejouent le process à l'identique, même dans six mois.

Ne créez pas vingt dossiers

L'arborescence du début de l'article est sortie d'une conversation, le premier jour : l'agent lit le texte de Karpathy, pose ses questions, propose une structure, je valide. Ne la recopiez pas telle quelle. La vôtre doit sortir de votre propre conversation, à partir de ce que vous comptez vraiment y mettre.

Ensuite, laissez la structure grandir à partir de ce que vous y déposez vraiment. Ma section perso, avec sa watchlist, n'était pas prévue : elle est apparue le jour où j'ai droppé une série à regarder, pour tester mes prompts. L'agent a demandé si on ouvrait une liste, j'ai dit oui. C'est comme ça qu'un dossier gagne sa place : quand quelque chose a besoin d'y aller, et pas avant.

C'est exactement ce que dit Karpathy : le schéma, vous le faites évoluer avec l'agent. Vous ne l'écrivez pas seul à l'avance.

Voici de quoi lancer cette conversation. Remplissez les quatre premières lignes, collez le reste tel quel, et laissez l'agent poser ses questions avant d'écrire quoi que ce soit. Il produit un seul fichier, votre schéma, et trois dossiers. Pas l'arborescence complète du début de l'article : celle-là, vous n'y arriverez qu'en déposant des choses.

Prompt d'amorçage
Tu vas m'aider à monter un second brain que tu maintiendras
toi-même.

QUI JE SUIS : [VOTRE NOM, CE QUE VOUS FAITES]
CE SUR QUOI JE TRAVAILLE : [DEUX OU TROIS PROJETS OU CLIENTS]
L'OUTIL QUE J'UTILISE : [CLAUDE CODE / CODEX / AUTRE]
OÙ VIT LE DOSSIER : [CHEMIN, PAR EXEMPLE ~/mon-cerveau]

AVANT D'ÉCRIRE
Pose-moi jusqu'à cinq questions, une par une, et seulement celles
dont la réponse changerait ce que tu vas écrire. Quand j'ai répondu,
écris tout d'une traite.

CE QU'IL FAUT ÉCRIRE
Un seul fichier, CLAUDE.md, à la racine du dossier. Il contient :
- ce qu'est ce brain, et à quoi il me sert à moi en particulier ;
- les dossiers qui existent aujourd'hui, et rien de plus : 00-inbox/
  pour ce que je dépose, raw/ pour les sources archivées, index.md
  pour la carte. Trois, pas vingt ;
- les conventions : noms de fichiers en minuscules avec des tirets,
  liens entre pages en [[wikilinks]], rien dans raw/ n'est modifié
  après coup ;
- ce que tu fais quand une source arrive dans 00-inbox/ : la lire en
  entier, en extraire ce qui compte, la relier aux pages voisines,
  archiver l'original daté dans raw/, mettre à jour index.md ;
- quand créer un dossier de plus : le jour où quelque chose que je
  dépose n'a sa place dans aucun de ceux qui existent. Tu me le
  demandes avant de le créer.

RÈGLES
Français simple, une phrase par règle, pas de jargon.
Quand une information me concernant te manque, écris [À REMPLIR] et
continue.
N'invente jamais un fait sur moi, mon métier ou mes projets.
Ne crée aucun dossier que je ne t'ai pas confirmé.

POUR FINIR
Enregistre le fichier, dis-moi en une ligne comment pointer l'outil
dessus, et rappelle-moi la seule habitude à tenir : déposer dans
00-inbox/ sans réfléchir, puis te demander de traiter.

Une seule chose à éviter : ne reprenez pas cinq ans de notes existantes pour les ranger. Ça ne se termine jamais, et la moitié n'a plus d'intérêt. Partez de maintenant.

Comptez une soirée pour l'installation. La suite ne demande qu'une seule habitude : déposer.

Le jour où vous déposez un lien sans y penser, et qu'on vous répond avec une décision à prendre sur un projet en cours, vous saurez que c'est en place.

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